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Félicitations à Isabel dos Santos, la femme la plus riche d’Afrique

             Depuis 1917, le magazine Forbes distribue ses superlatifs économiques aux mieux-disant, ses bons points, ses lauriers. Chacun sait qu’on n’a pas d’existence légale, ou sociale, ou industrielle, tant qu’on n’a pas figuré dans Forbes, le guide moral de la bonne conduite financière, la bible des placements économiques et des fortunes qui montent. En fait, on s’encombre peu des recettes, des techniques, des ficelles du métier, des modes, moyens et manières pour s’y maintenir et du nombre de têtes qu’il faut couper ou écraser avant d’être remplacé par un plus jeune, ou un plus vicieux, ou un plus efficace. Seul, le résultat compte. Le monde le sait depuis Vespasien : l’argent n’a pas d’odeur. Donc on peut y aller.

L’Afrique figure souvent parmi les faits divers : guerres civiles, coups d’état, dictatures, faible niveau de vie, épidémies, corruption, détournements, scandales divers, une variété et une intensité rares. Mais rien à faire, on ne s’en accoutume point. Certes, en 2016, sur les 1 810 milliardaires recensés par Forbes  il n’y a que 29 Africains. Finies les frasques des Mobutu, Fulbert Youlou, Sekou Touré, Albert-Bernard Bongo, Idi Amin Dada ou Jean-Bedel Bokassa, mais la relève est assurée. L’Afrique fait bonne figure dans ce palmarès peu glorieux, terriblement accentué par le phénomène récent des migrations Sud-Nord et leurs insupportables cortèges de malversations, morts, assassinats en tout genre.

Soyons francs : il n’y a que ceux qui sont proches du pouvoir qui peuvent s’enrichir suffisamment. Etre parents, amis ou alliés des dictateurs est la condition sine qua non pour s’en mettre plein les poches. Et être autant dépourvu de scrupule et d’honnêteté qu’un pasteur africain. C’est cela, avoir le bras long. A condition que le pays dispose de ressources particulières, dont minérales, le pétrole par exemple. L’ex-Zaïre, promu Congo démocratique, a été qualifié de scandale géologique, tant les ressources en tout genre y était nombreuses, et en quantité qui eussent suffi à assurer un développement digne de tout éloge, n’eût été la rapacité de l’ancien dictateur Mobutu à privatiser ces richesses et à les dépenser à tout va ; fanfaron les années fastes, sa fin piteuse et sa fuite ont révélé à la fois la gabegie immense des fonds publics, l’absence grave d’investissements humains, techniques, industriels, seuls garants du développement dans toutes ses composantes, et l’ampleur sans pareil des détournements des fonds publics. Mais une fortune personnelle évaluée à 5 milliards de dollars. A l’époque, on le comparait à son collègue Marcos aux Philippines, un titre de gloire, qui a été abondamment aidé dans sa tâche par sa femme, l’ancienne chanteuse Imelda.

Ces fonds détournés en Afrique, résultent bien de la privatisation du produit de la commercialisation de biens publics, appartenant à un état qui aurait grand besoin de prouver son existence. Pour faire bref, c’est du vol. L’état est pillé par ces particuliers censés le diriger. Cet argent, ces fortunes immenses résultant de la vente du pétrole par exemple, sont tout simplement appropriés par des personnes privées. Investis dans le domaine privé, strictement privé, dont les proches du pouvoir disposent en toute propriété. Ils en jouissent pour satisfaire tous les caprices possibles et imaginables, au détriment des pays d’Afrique où ils ont été détournés et dont ils interdisent le développement.

Le récent procès des biens mal acquis, visant en particulier le fils du dictateur de Guinée Equatoriale, a révélé à la face du monde le train de vie de nabab capricieux du fils d’un chef d’un état misérable, quoique pétrolier (34ème producteur mondial, 4ème exportateur de pétrole en Afrique derrière le Nigéria, l’Angola et le Congo). Ce  président de père, Teodorin Obiang Nguema Mbasogo, est en poste depuis le coup d’état de 1979, avant Mugabe. Une population qui jouit d’une espérance de vie de 57 ans et demi pour cet état de 28 051 km2, une superficie très proche de la Belgique (30 500 km2) ou Haïti (28 773 km2). A Paris, son enfant qu’il a nommé vice-président vient de prendre en septembre trois ans de prison avec sursis et 30 millions d’euros d’amende avec sursis pour s’y être frauduleusement bâti un patrimoine phénoménal avec de l’argent détourné de l’état que papa préside. Premier procès pour détournement de

fonds, dans l’affaire dite des Biens mal acquis. Après cette grande première, on attend avidement les autres, beaucoup d’autres.

L’Angola, stable politiquement, est l’un des pays les plus dangereux du continent. L’augmentation des agressions, des enlèvements et des armes à feu, notamment à Luanda, impose des mesures drastiques. Un dictateur en poste depuis la fin de la guerre d’indépendance. Sept Angolais sur dix vivent sous le seuil de pauvreté, le revenu par habitant demeure l’un des plus faibles au monde. Environ 50 % des actifs sont chômeurs ou sous-employés. Et pourtant, dans ce panorama morose, la fille aînée du président, régulièrement reconduit à la tête de l’état depuis la fin de la guerre avec le Portugal en 1976, détonne. La princesse Isabel est héritière d’un système qui a permis au clan Dos Santos de s’enrichir durant près de quatre décennies.

Sa fortune personnelle est estimée à plus de trois milliards de dollars. L’apothéose, la canonisation, la gloire : le magazine Forbes la sacre femme la plus riche d’Afrique ! elle tenait depuis 2016 les rênes de la plus puissante entreprise d’Angola : Sonangol, 40 milliards de dollars de chiffre d’affaires, colonne vertébrale du pays. Sa nomination avait en son temps permis à l’opposition d’accuser le clan Dos Santos d’avoir privatisé à son profit le pétrole angolais, non sans raison. Combien d’Africains ont manifesté leur admiration devant cette femme si belle, si riche, si puissante, une Africaine, enfin, remarquée par ForbesFace Book en témoigne abondamment.

Ces immenses fortunes, ici ou là, ne résultant en aucune façon d’un travail honnête, ont été totalement volées, et servent des intérêts privés, strictement privés, profitant aux parents, amis et alliés, uniquement. Les dictateurs de droite, de gauche et du centre (l’on pourra utilement retenir que les dictateurs n’ont pas de couleur politique ; ils ont les mêmes méthodes, utilisent les mêmes moyens, emploient les mêmes termes, manient la même grammaire et visent les mêmes buts : rester au pouvoir pour empocher encore plus d’argent et jouer avec un certain succès le rôle de Dieu tout-puissant. Soit un opportunisme inoxydable que ni les circonstances ni les discours n’entament) coulent des jours heureux, éloignés du besoin, leurs proches font fructifier le capital volé à leurs pays, tout est pour le mieux. MErci mon Dieu, grâces à lui qui rend cela possible. Quels voleurs, ces Nguema père et fils, ces Dos Santos père et fille ! Eux et tous les autres… Quels terribles prédateurs sont les familles et amis des dictateurs qui empochent l’argent du pays sans honte, sans scrupule, laissant leurs propres concitoyens dans leur pays dans des misères terribles, alors qu’ils disposent de richesses pour se développer magnifiquement eux-mêmes, sans être obligés de faire cette quête permanente à un Occident empêtré dans ses propres problèmes, sans le secours capital, mais encombrant, de ces ONG qui s’arrogent une partie de la  souveraineté nationale en faisant ce que l’état ne fait pas…

Ce 15 novembre 2017, Isabel est officiellement limogée de la présidence de Sonangol, la compagnie pétrolière nationale par le nouveau président angolais João Lourenço ; un décret du nouveau président João Lourenço chasse la femme la plus riche d’Afrique ; une étoile commence à pâlir au firmament des grands fortunes volées. Un limogeage qui s’inscrit dans une vaste redistribution des postes stratégiques initiée par le nouveau président. Tout le monde pense évidemment à la fable d’ésope, le renard et les tiques. Une redistribution des cartes, les anciens voleurs sont chassés, d’autres sont promus, le jeu des chaises musicales. Le début de la fin ? que les âmes sensibles se rassurent : Isabelle Dos Santos peut en toute quiétude continuer à gérer sa fortune. Elle a su intelligemment diversifier ses champs d’intérêt : télécommunications, grandes surfaces, ses entreprises sont florissantes tant en Angola qu’au Portugal, ancienne puissance coloniale où elle est devenue un pilier de l’économie locale.

Combien d’Africains n’hésitent pas à accuser les anciennes puissances coloniales de tous leurs maux… Ce sont elles qui interdisent l’organisation des services publics, et leur administration efficace au service des citoyens. Ce sont elles qui empêchent la construction d’écoles et l’installation de maîtres formés préparant les futurs citoyens à leurs devoirs. Ce sont elles qui refusent la construction d’hôpitaux avec des médecins, des infirmières, des bâtiments aptes à recevoir, soigner et guérir les citoyens malades. Ce sont elles qui refusent de construire des infrastructures en routes, transports collectifs, en sécurité routière. Ce sont les anciennes puissances coloniales encore et toujours qui organisent l’état de pauvreté, de défaut d’institutions qui fonctionnent, qui interdisent à l’état précisément d’être à la hauteur de ses obligations et prérogatives. Ce sont elles qui refusent le fonctionnement de la poste et de ses services, de la justice avec ses juges, de la structuration des entreprises et de l’emploi, de l’efficacité des services publics qui font qu’un état fonctionne, que les citoyens sont à la fois en bonne santé, bien éduqués et qu’ils disposent d’un standard financier qui les rende aptes à gagner leur vie et à participer au fonctionnement de leur pays, qu’ils ont envie de partager, la construction d’une forme de bonheur qui rend la vie possible et les rapports des citoyens conviviaux ce sont les anciennes puissances coloniales qui volent dans les caisses de l’état et demandes aux fonctionnaires des bakchichs pour faire leur travail… C’est bien connu, ce sont les anciennes puissances coloniales qui maintiennent l’Afrique dans son état de sous-développement. Ah bon ? Vraiment ? Etes-vous vraiment sûr ?

Qui détourne des milliards d’argent public ? Qui vit dans un luxe effréné ? Qui achète immeubles, voitures de luxe, biens de consommation hors sujet en France, au Canada, aux USA…, qui vit en vase clos en ignorant totalement les misères terribles de leurs propres nationaux ? Qui corrompt tous les services de l’état ? Qui laisse les religions et sectes malveillantes occuper les fonctions d’un état démissionnaire ? Qui crée de toute pièces les conditions du désespoir qui pousse les jeunes gens sur les routes de l’exil, qui les met dans les mains de négriers modernes pour les exploiter, qui appauvrit leurs familles en les rackettant, qui les tue, qui les vend comme esclaves, qui les met dans des bateaux-poubelles dont beaucoup n’arriveront jamais à bon port ? Qui, par incompétence, malveillance, ignorance ou traîtrise interdit le développement de ce continent ? Qui devra rendre des comptes au terrible tribunal de l’histoire…  La responsabilité de ces chefs d’état présentement adulés par les foules ignorantes est écrasante.

Vite ! il y a urgence. Que les procès des « biens mal acquis » rendent rapidement des verdicts exemplaires qui feront honneur à leur juridiction et que la Justice restitue à l’Afrique tant de fortunes détournées ! Durant ce temps, l’Afrique ne se développe pas, elle végète, elle se bat contre des adversités terribles dont la corruption, l’injustice, les arrestations et assassinats arbitraires, la pauvreté, le zika et l’Ebola, les épidémies, et ce terrible exil qui appauvrit le continent pour plusieurs générations… Qui n’avance pas recule. L’État est inexistant, pervers et encombrant, corrompu, inutile et inefficace, on tue dans la rue, les foules sont ignorantes, pauvres, hargneuses et en mauvaise santé, l’Afrique perd ses jeunes gens en partance vers des cieux imaginés meilleurs mais qui meurent noyés dans la Méditerranée, vendus par des marchands en Afrique du Nord, tout va bien, la vie est belle. Un statu quo terrible. Oui, madame Dos Santos, vous la fille du président d’Angola, vous êtes la plus grande voleuse de tout le continent africain, puisque vous en êtes la plus riche, riche de la pauvreté de votre pays pétrolier, riche des hôpitaux, des dispensaires, des routes, des écoles et universités qui font défaut à votre pays et à votre continent, riche de l’instruction et de la santé que vos concitoyens les Angolais ou les autres Africains n’ont pas, riche des richesses de ce continent qui profitent à d’autres, riches d’un désert qui avance et d’une culture qui recule, riche de toutes ces vies qui se sont perdues sur la rive Nord de votre continent, ensablées dans le désert ou liquéfiées dans la mer. Alors que de nombreux Africains sont béats d’admiration devant votre puissance volée, louent votre capacité de détournement, chantent les louanges de la femmes d’affaires, approuvent vos vols et acceptent leur pauvreté dont vous êtes responsable, moi, Madame, je vous accuse de ce pillage. Inutile d’incriminer les anciens colons, les Africains ont retenu la leçon : ils se débrouillent très bien eux-mêmes. Plus grave encore, vous interdisez le développement de votre propre continent, mais vous vivez dans le luxe résultant du vol. Le scandale est complet. L’Afrique se dépouille de ses forces vives, de ses forêts, de ses cerveaux, de ses richesses, de son sous-sol, les dictateurs règnent, tout va bien. Bande de voyous, de voleurs, de tricheurs, vous aurez des comptes à rendre au grand tribunal de l’histoire. Un jour, sans doute, les Africains verront clair. Simple question de temps. On vous maudira, votre nom sera honni à tout jamais.

Gérard Gabriel MARION

Professeur émérite

Faculté de droit et d’économie de Martinique

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By | 2017-11-24T22:14:17+00:00 24/11/2017|INTERNATIONAL|

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